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Art de vivre & loisirs

Krama : le foulard du Cambodge, comment le reconnaître et le rapporter

Le krama, foulard emblématique du Cambodge : histoire, usages, comment reconnaître un tissage main d'un imprimé, et le rapporter sans se tromper.

Par Élodie Leroy Publié le 30 septembre 2026 9 min de lecture
Krama : le foulard du Cambodge, comment le reconnaître et le rapporter
Un krama à carreaux rouges et blancs, le motif le plus ancien. Photo Ik T, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.
Sommaire · 9 min
  1. Un foulard qui accompagne le Cambodge depuis des siècles
  2. Un objet à tout faire, pas un accessoire de plus
  3. Marché touristique ou atelier tracé : comment reconnaître un vrai tissage main
  4. Rapporter ou acheter un krama de façon éthique
  5. Questions fréquentes

Vous revenez d’un mois en Asie du Sud-Est, le sac plein, et vous ne savez plus vraiment dire ce que vous avez rapporté du Cambodge. Un carré de coton à carreaux rouges et blancs, acheté deux dollars sur un étal de Siem Reap ou de Phnom Penh, glissé dans une valise entre deux tee-shirts — ça n’a rien à voir avec un vrai krama du Cambodge tissé à la main, comme ceux que travaille l’atelier partenaire installé près de Siem Reap. La différence se joue en quelques détails. On les apprend une fois, pas deux.

Un foulard qui accompagne le Cambodge depuis des siècles

À l’origine, le krama n’était pas un souvenir : c’était un tissu que chaque famille khmère fabriquait elle-même. On ramassait le coton, appelé samley, on le filait, puis on le laissait tremper deux à trois jours dans du riz avant de teindre une partie des fils en rouge et de tisser. Les familles aisées, elles, préféraient la soie — plus fraîche l’été, mais surtout plus rare, donc plus voyante. Le tissu qu’on portait autour du cou disait, sans un mot, à quelle classe on appartenait.

Ce qui me frappe dans cette histoire, ce n’est pas la technique en elle-même : c’est qu’elle continue, aujourd’hui encore, à distinguer au premier coup d’œil un tissage main d’une imitation d’usine — exactement le genre de détail qu’un touriste pressé n’a ni le temps ni les clés pour lire.

En 2024, l’UNESCO a inscrit « les pratiques et expressions culturelles liées au krama » sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, à la demande du Cambodge. Ça ne change rien sur un étal de Siem Reap : mais ça confirme, noir sur blanc, ce que les Cambodgiens savaient déjà — ce foulard n’est pas un souvenir comme un autre.

Un objet à tout faire, pas un accessoire de plus

Aujourd’hui, le krama existe en dizaines de coloris. Mais retirez le vernis touristique : un enfant s’en sert pour jouer, un paysan pour porter du riz, une vendeuse pour se protéger du soleil au marché. Rien n’a vraiment changé depuis un siècle, sauf la couleur.

On s’en sert comme couvre-chef contre le soleil, comme ceinture, comme serviette au bain. Noué aux deux poignées d’un guidon, il devient un siège improvisé pour transporter un bébé à vélo. Roulé en boule, il sert de balle pour le Cha-ol Chong, une variante locale du ballon prisonnier que jouent les enfants dans les cours d’école.

Un objet qu’on n’utilise jamais ne devient pas un symbole. Le krama, si — précisément parce qu’on le porte tous les jours, qu’on le tache et qu’on le lave. Posé sur une étagère, jamais déplié, il ne raconte plus rien.

homme cambodgien portant un krama noué autour du cou
Le krama se porte autour du cou, en couvre-chef ou en ceinture : un même tissu pour des usages très différents. Photo Benjamin Thomas, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.
Le tissage d'un krama, en chiffresTemps de travail pour tisser un foulard à la main8 heuresÉtapes de fabrication artisanale (teinture, montage, tissage)3 étapesPart du prix reversée à l’école Sala Baï à chaque foulard vendu10 %

Marché touristique ou atelier tracé : comment reconnaître un vrai tissage main

C’est la question que personne ne pose assez souvent devant un étal de Siem Reap ou de Phnom Penh : qui a tissé ce foulard, et payé combien pour ça ? Un krama à deux dollars, produit en usine et sans origine traçable, ne rémunère personne correctement — c’est humainement impossible à ce prix. La qualité s’en ressent directement : fil plus fin, teinture plate, absence de la légère irrégularité qui trahit un métier à tisser en bois plutôt qu’une machine.

marché cambodgien avec une vendeuse portant un krama
Sur un marché cambodgien, rien n’empêche de demander qui a tissé le foulard, et où. Photo Thomas Schoch, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
Régularité du motif
Tissé main : carreaux légèrement irréguliers, aucun n’est parfaitement identique au suivant.
Imprimé/industriel : motif parfaitement répété, trop régulier pour être vrai.
Toucher du tissu
Tissé main : coton épais, un peu rêche au premier lavage, qui s’assouplit avec l’usage.
Imprimé/industriel : toucher fin et glacé, plus proche d’un tissu d’ameublement.
Franges et finitions
Tissé main : frange cousue à la fin du tissage, étiquette de composition présente.
Imprimé/industriel : bords simplement coupés ou surfilés à la machine, rien d’autre.
Prix constaté
Atelier tracé : à partir d’environ 29 €, tisserande nommée et formée.
Marché anonyme : parfois autour de 2 $, origine et fabricant invérifiables.

Je ne l’achète plus sur un étal anonyme : pas par snobisme, parce que je sais désormais ce que cache un prix à deux dollars. Sur un marché, rien n’empêche de poser la question directement au vendeur — qui tisse, où — et de juger sa réponse. S’il ne sait pas répondre, c’est déjà une réponse.

Le saviez-vous ?

Sala Baï, « l’école du riz » en français, forme gratuitement chaque année 150 jeunes Cambodgiens défavorisés aux métiers de l’hôtellerie et de la restauration depuis sa création en 2002 à Siem Reap par l’ONG Agir Pour le Cambodge. Scolarité, uniformes, logement, repas, vélo et frais médicaux sont pris en charge : l’école vit en partie de dons ponctuels et du reversement d’une part des ventes de certains foulards krama fabriqués à ses couleurs.

Ce reversement n’a rien d’un argument marketing isolé : c’est une pratique qui se vérifie, atelier par atelier, en demandant simplement où va l’argent d’un achat. Sur ce point précis, mieux vaut une réponse chiffrée qu’une promesse vague d’« artisanat local ».

Gamme de prix constatée sur l’atelier partenaire

Boutique en ligne, relevé le 30 septembre 2026

Krama traditionnel, Baray, bleu Outre-Mer ou Siem Reap29 €
Krama en lin Jean35 €
Collection Temples d’Angkor (Rudra, Surya, Indra, Jaya)55 €

Rapporter ou acheter un krama de façon éthique

Sur place, une règle suffit : privilégier un petit atelier de tissage plutôt que l’étal le plus proche de l’hôtel. Ces ateliers sont souvent installés dans des villages aux abords de Siem Reap ou de Phnom Penh, un peu à l’écart des zones les plus touristiques — un détour qui vaut le déplacement, ne serait-ce que pour voir un métier à tisser en bois en action.

Pas envie ou pas le temps de chercher un atelier sur place ? Ça marche aussi depuis chez soi. Un site qui donne un prix net et le nom de son atelier ne triche pas sur grand-chose ; un site qui promet tout, lui, ne dit jamais qui a tissé quoi. L’atelier partenaire cité plus haut reconnaît par exemple ne pas encore proposer de coton biologique — une matière première encore rare et coûteuse au Cambodge — plutôt que d’afficher un argument « bio » qu’il ne pourrait pas tenir. Une limite avouée, au moins, se vérifie.

Dernier point, et pas des moindres : un krama tissé main ne se garde pas dans un tiroir. Portez-le. C’est un tissu solide, pensé pour encaisser la poussière d’une route et l’eau d’une averse — le laisser plié dans une valise, c’est rater ce qui fait tout son intérêt.

Questions fréquentes

1Comment reconnaître un krama tissé main d’un imprimé industriel ?
Un tissage main présente de légères irrégularités de motif, un coton plus épais et une frange cousue à la fin du tissage. Un imprimé industriel a un motif parfaitement répété, un toucher plus fin et glacé, et des bords simplement coupés ou surfilés. Le prix est aussi un bon indice : un tissage main tracé se vend rarement en dessous de 25 à 30 €.
2Pourquoi le krama a-t-il autant de significations au Cambodge ?
Parce qu’il sert à tout : couvre-chef, ceinture, serviette de bain, siège improvisé pour un bébé à vélo, balle de jeu pour les enfants. On ne range pas un krama dans un tiroir : on le porte, on l’use, on le prête d’une génération à l’autre. C’est ça, plus qu’un motif ou une couleur, qui reste le vrai symbole d’identité khmère.
3Le krama est-il fabriqué en coton biologique ?
Pas encore, sur la plupart des ateliers, y compris celui cité dans cet article : le coton biologique reste rare et coûteux à l’achat au Cambodge. Des collections en lin apparaissent progressivement comme alternative, en attendant qu’une filière de coton bio se développe localement.
4Combien de temps faut-il pour tisser un krama à la main ?
Environ 8 heures de travail, réparties en trois étapes : la teinture des fils de coton (souvent avec des colorants naturels, écorces, feuilles et fruits bouillis), le montage sur le métier à tisser en bois, puis le tissage et la finition (frange, étiquette, vérification de la qualité).

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Élodie Leroy

Élodie Leroy

Rédactrice spécialisée

Élodie se consacre aux loisirs créatifs liés au voyage, proposant des idées d'activités à réaliser en déplacement. Elle valide ses contenus en s'appuyant sur des témoignages et des travaux de recherche.

Publié le 30 septembre 2026

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