Krama : le foulard du Cambodge, comment le reconnaître et le rapporter
Le krama, foulard emblématique du Cambodge : histoire, usages, comment reconnaître un tissage main d'un imprimé, et le rapporter sans se tromper.
Sommaire · 9 min
Vous revenez d’un mois en Asie du Sud-Est, le sac plein, et vous ne savez plus vraiment dire ce que vous avez rapporté du Cambodge. Un carré de coton à carreaux rouges et blancs, acheté deux dollars sur un étal de Siem Reap ou de Phnom Penh, glissé dans une valise entre deux tee-shirts — ça n’a rien à voir avec un vrai krama du Cambodge tissé à la main, comme ceux que travaille l’atelier partenaire installé près de Siem Reap. La différence se joue en quelques détails. On les apprend une fois, pas deux.
Un foulard qui accompagne le Cambodge depuis des siècles
À l’origine, le krama n’était pas un souvenir : c’était un tissu que chaque famille khmère fabriquait elle-même. On ramassait le coton, appelé samley, on le filait, puis on le laissait tremper deux à trois jours dans du riz avant de teindre une partie des fils en rouge et de tisser. Les familles aisées, elles, préféraient la soie — plus fraîche l’été, mais surtout plus rare, donc plus voyante. Le tissu qu’on portait autour du cou disait, sans un mot, à quelle classe on appartenait.
Ce qui me frappe dans cette histoire, ce n’est pas la technique en elle-même : c’est qu’elle continue, aujourd’hui encore, à distinguer au premier coup d’œil un tissage main d’une imitation d’usine — exactement le genre de détail qu’un touriste pressé n’a ni le temps ni les clés pour lire.
En 2024, l’UNESCO a inscrit « les pratiques et expressions culturelles liées au krama » sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, à la demande du Cambodge. Ça ne change rien sur un étal de Siem Reap : mais ça confirme, noir sur blanc, ce que les Cambodgiens savaient déjà — ce foulard n’est pas un souvenir comme un autre.
Un objet à tout faire, pas un accessoire de plus
Aujourd’hui, le krama existe en dizaines de coloris. Mais retirez le vernis touristique : un enfant s’en sert pour jouer, un paysan pour porter du riz, une vendeuse pour se protéger du soleil au marché. Rien n’a vraiment changé depuis un siècle, sauf la couleur.
On s’en sert comme couvre-chef contre le soleil, comme ceinture, comme serviette au bain. Noué aux deux poignées d’un guidon, il devient un siège improvisé pour transporter un bébé à vélo. Roulé en boule, il sert de balle pour le Cha-ol Chong, une variante locale du ballon prisonnier que jouent les enfants dans les cours d’école.
Un objet qu’on n’utilise jamais ne devient pas un symbole. Le krama, si — précisément parce qu’on le porte tous les jours, qu’on le tache et qu’on le lave. Posé sur une étagère, jamais déplié, il ne raconte plus rien.

Marché touristique ou atelier tracé : comment reconnaître un vrai tissage main
C’est la question que personne ne pose assez souvent devant un étal de Siem Reap ou de Phnom Penh : qui a tissé ce foulard, et payé combien pour ça ? Un krama à deux dollars, produit en usine et sans origine traçable, ne rémunère personne correctement — c’est humainement impossible à ce prix. La qualité s’en ressent directement : fil plus fin, teinture plate, absence de la légère irrégularité qui trahit un métier à tisser en bois plutôt qu’une machine.

Je ne l’achète plus sur un étal anonyme : pas par snobisme, parce que je sais désormais ce que cache un prix à deux dollars. Sur un marché, rien n’empêche de poser la question directement au vendeur — qui tisse, où — et de juger sa réponse. S’il ne sait pas répondre, c’est déjà une réponse.
Le saviez-vous ?
Sala Baï, « l’école du riz » en français, forme gratuitement chaque année 150 jeunes Cambodgiens défavorisés aux métiers de l’hôtellerie et de la restauration depuis sa création en 2002 à Siem Reap par l’ONG Agir Pour le Cambodge. Scolarité, uniformes, logement, repas, vélo et frais médicaux sont pris en charge : l’école vit en partie de dons ponctuels et du reversement d’une part des ventes de certains foulards krama fabriqués à ses couleurs.
Ce reversement n’a rien d’un argument marketing isolé : c’est une pratique qui se vérifie, atelier par atelier, en demandant simplement où va l’argent d’un achat. Sur ce point précis, mieux vaut une réponse chiffrée qu’une promesse vague d’« artisanat local ».
Gamme de prix constatée sur l’atelier partenaire
Boutique en ligne, relevé le 30 septembre 2026
Rapporter ou acheter un krama de façon éthique
Sur place, une règle suffit : privilégier un petit atelier de tissage plutôt que l’étal le plus proche de l’hôtel. Ces ateliers sont souvent installés dans des villages aux abords de Siem Reap ou de Phnom Penh, un peu à l’écart des zones les plus touristiques — un détour qui vaut le déplacement, ne serait-ce que pour voir un métier à tisser en bois en action.
Pas envie ou pas le temps de chercher un atelier sur place ? Ça marche aussi depuis chez soi. Un site qui donne un prix net et le nom de son atelier ne triche pas sur grand-chose ; un site qui promet tout, lui, ne dit jamais qui a tissé quoi. L’atelier partenaire cité plus haut reconnaît par exemple ne pas encore proposer de coton biologique — une matière première encore rare et coûteuse au Cambodge — plutôt que d’afficher un argument « bio » qu’il ne pourrait pas tenir. Une limite avouée, au moins, se vérifie.
Dernier point, et pas des moindres : un krama tissé main ne se garde pas dans un tiroir. Portez-le. C’est un tissu solide, pensé pour encaisser la poussière d’une route et l’eau d’une averse — le laisser plié dans une valise, c’est rater ce qui fait tout son intérêt.
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Rédactrice spécialisée
Élodie se consacre aux loisirs créatifs liés au voyage, proposant des idées d'activités à réaliser en déplacement. Elle valide ses contenus en s'appuyant sur des témoignages et des travaux de recherche.
Publié le 30 septembre 2026
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